Dreux un Avenir en Commun

Dreux un Avenir en Commun

Une démocratie locale à réinventer

Il y a encore aujourd’hui beaucoup trop de personnes qui ne savent pas comment sont prises les décisions qui nous concernent tous au niveau de la commune et de l’agglomération. Et les comptes rendus des conseils municipaux et communautaires mis en ligne par les élus sont clairement insuffisants. Après avoir relevé certains dysfonctionnements dans la démocratie locale (Voir « Ce conseil municipal que je ne connaissais pas »), je vais prendre la liberté de vous exposer ce qui, pour moi personnellement, serait une vraie démocratie locale ou s’en approcherait.

Dans un premier temps, il faudrait redonner la parole aux habitants, c’est-à-dire non seulement à ceux qui sont inscrits sur les listes électorales mais également à tous ceux qui sont concernés par la vie publique de la municipalité, sans distinction de nationalité, et ce dès l’âge de 16 ans.

Il conviendrait de diviser la ville en secteurs. Dans chacun de ces secteurs, un ou plusieurs représentants devraient être désignés par ses habitants, un mandataire du conseil municipal serait désigné pour travailler en équipe avec ce(s) représentant(s).

Afin de faire participer les jeunes et de les impliquer dans la vie publique et politique de la ville une autre équipe celle des jeunes serait ajoutée, une autre pour les patrons, une autre pour les associations et une autre pour les travailleurs de la commune domiciliés à l’extérieur.

Ces représentants auraient pour mission d’organiser des réunions publiques, mais pas seulement, un budget participatif leur serait alloué sous certaines conditions afin d’organiser la vie du quartier. Ce budget garantirait une certaine liberté aux habitants et protègerait les citoyens d’une mauvaise équipe municipale qui voudrait par exemple fermer les centres aérés pour les jeunes ou des clubs du troisième âge pour des problèmes de rentabilité ou autre (centre aéré, aide aux devoirs, aide aux démarches administratives…). Je tiens à préciser que de tels projets existent déjà dans des villes comme Angers ou Bordeaux. Les habitants et leur(s) représentant(s) voteraient lors de ces assemblées les actions à faire avec le budget qui leur serait attribué. Ces réunions auraient également pour but de consulter la population sur leurs préoccupations et sur les grands projets.

La fréquence de ces réunions serait à déterminer mais elles devraient être assez fréquentes afin d’avoir une équipe municipale réactive aux projets de la commune.

Après ces réunions publiques, une assemblée réunissant le conseil municipal et les représentants aurait lieu afin de faire remonter toutes les informations. Le conseil municipal entérinera les propositions des habitants défendues par les équipes mandatées.

Chacune de ces assemblées serait filmée et retranscrite pour les personnes malvoyantes et malentendantes et mise en ligne afin que chaque personne puisse vérifier le travail de ses élus. Il en serait de même pour chaque conseil municipal. Un bilan des votes de chaque conseil devrait être mis en ligne afin de voir qui a voté quoi.

A chaque conseil municipal, un temps de parole devrait être accordé aux habitants.

Avec toutes ces informations, les habitants auraient toutes les informations nécessaires pour voir qui des élus aurait bien fait son travail ou non.

A mi-mandat, un référendum révocatoire pourrait être organisé si les habitants jugeaient qu’un élu ne faisait pas correctement son travail et cela peu importe son poste : maire, adjoint au maire, conseiller municipal de la majorité ou de l’opposition. Bien sûr un élu exclus par référendum serait remplacé par le suivant sur la liste proposée aux élections municipales. En aucun cas un membre de l’opposition ne pourrait être remplacé par un membre de la majorité par exemple. Si plus de la moitié des élus de la majorité étaient exclus par ce référendum, des élections anticipées seraient programmées.

Je ne dis pas que cette formule est parfaite mais il me semble qu’elle mériterait d’être débattue et travaillée. Beaucoup de choses sont à déterminer mais j’ai le sentiment que certains aspects pourraient être un début de solution voire un grand pas en avant pour la démocratie locale.

                                                                                                           Kevin Boëte

 


07/09/2019
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« Ce conseil municipal que je ne connaissais pas » par Kevin Boëte

Jeudi 27 juin, 20 heures, la grosse chaleur encore à cette heure. Accompagné de deux collègues, on monte dans la salle du conseil, au premier étage d’un bâtiment dans la cour de la mairie.

J’avoue avoir été impressionné. Je m’attendais à une vulgaire salle de réunion mais c’était bien plus grand que ce que je m’imaginais. On se dirige vers la gauche déjà six personnes installées, on prend un siège et on écoute.

Si le début de cette première expérience m’a impressionné je dois dire que la suite a été plutôt décevante.

Les sujets et les votes s’enchaînent et très vite le problème me saute aux yeux. Je commence à voir une opposition quasi inexistante... puis les objections et les questions arrivent... Le maire se lance dans de grands discours, qui n’apportent aucune réponse claire.

Souvent l’opposition, qui « ne souhaite pas s’opposer juste pour rien» choisit de s'abstenir.

Le temps passe (mon esprit s’éteint je m’ennuie) l’heure tourne, 22 heures passées, maintenant les esprit commencent à s’échauffer.

Le maire passe un projet en force, une patinoire dans une zone de loisirs : «l’Usine à loisirs». Un très gros projet, qui coûterait 10 millions d’euros à la ville puis environ 1 million d’euros de déficit, par la suite payé par nos impôts. Certains crient au mensonge, quand la majorité annonce 2,5 millions de visiteurs par an. D’autres crient à la magouille dans le projet initial le promoteur devait tout prendre à sa charge et ce n'est plus le cas.

Un second visage du maire apparaît irrespectueux et qui va jusqu’à lancer des attaques personnelles à certains membres de l’opposition. Après de longues minutes de dispute le vote est passé. Les sujets s’enchaînent. L’heure tourne, mes collègues et moi décidons de repartir...

Pour conclure, mon ressenti sur ce premier conseil municipal. J’ai l’impression d’assister à une mascarade de démocratie. La majorité me fait penser à un groupe de dictateurs, qui ont pris toutes les décisions à l’avance et qui étaient là juste par obligation.

Enfin, je ne comprends pas pourquoi, aujourd’hui d’aussi grands projets peuvent voir le jour sans l’accord des citoyens.

                                                                                                                          Kevin Boëte

 


23/08/2019
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Dreux cette ville que nous ne connaissons pas tous

Monde du travail : une injustice devenue banale (1)

Un témoignage Drouais, qui en appelle d'autres

J’ai recueilli un témoignage que je veux mettre en lumière car il représente ce qui aujourd’hui constitue la vie de beaucoup de nos concitoyens. Ce genre d’histoires d’habitude sont tues, racontées juste à des proches qui partagent le même quotidien. Je la raporterai donc en préservant l'anonymat de celle qui m'a confié ce témoignage. 

C’est donc une histoire vraie qui est arrivée à une jeune femme. Enceinte, cette jeune femme recherche du travail. Elle perçoit des aides sociales qui ne lui permettent pas de vivre une vie d’adulte autonome. Le fait d’être enceinte pour elle signifie pouvoir assumer y compris financièrement cet  enfant à naître. Dans le contexte actuel, elle ne se montre pas difficile quand un employeur lui propose un travail à temps partiel d’une pénibilité certaine et mal rémunéré. Elle se rend compte que son embauche ne semble avoir rien de conventionnel, un travail non officiel en somme qu’on pourrait qualifier de travail « au noir » ne donnant pas lieu à l'ensemble des droits comme l'assurance chômage ou la retraite.

Dans ces conditions, il lui semble impossible de se mettre en conformité en signalant une situation qui n’avait rien d’officiel mais aussi impossible de se passer de ce complément de revenu. Elle pense ne pas avoir le choix et commence à travailler en pensant à ses responsabilités de future maman et à améliorer sa situation pour accueillir le mieux possible son futur enfant.  

La jeune femme travaille pour un temps pour cet employeur.

Et la vie continue donc son cours avec son lot de difficultés et de joies aussi. La vie est faite de grands moments qui font oublier le reste, comme la naissance d’un bébé, ses premières nuits, ses premiers pas sur la terre, enfin une vie quoi.

Quand un jour, elle reçoit une lettre de la CAF. Cette lettre explique qu’ayant à une certaine époque travaillé chez ..... en CDI, elle était redevable d’une somme représentant un trop perçu... dont les fiches de paie envoyées par l’employeur attestait la bonne foi.

Dans l’incompréhension la plus totale, elle déclare dans un entretien téléphonique, qu’elle n’a jamais obtenu de fiches de paie de son employeur, en soulignant qu’elle occupait de surcroît un mi-temps. Son ancien patron de son côté déclare qu’ayant eu des problèmes avec les organismes sociaux, il a dû se prémunir et faire appel à son avocat et à son comptable pour régler ses problèmes, et il explique à la jeune femme qu’il était couvert par la loi et que donc il ne pouvait rien lui arriver...

- Mais quel contrat ? proteste la jeune femme pensant qu’elle prouverait sa bonne foi, je n’ai jamais signé de contrat!

- Mais le contrat oral, ça existe ! Tu peux rien, je te dis, lui rétorque son ancien patron.

Incrédule mais écrasée par la fatalité qui semblait revêtir la forme d’arcanes juridiques impénétrables, la jeune femme n’eut plus qu’à se résoudre à rembourser «Son trop perçu», qui pourtant lui avait permis de passer sans encombre la période de sa grossesse.

On peut me répondre qu’il y a fraude aux aides sociales et renvoyer la jeune femme à ses droits et ses devoirs. Ce qui est la règle est la règle pour tout le monde mais je dois aussi témoigner du fait que cette année, j’ai pu rencontrer des gens qui se voient forcés de s’adapter à l’offre de travail et subir des injustices parce qu’ils ignorent leurs droits et parce que dorénavant les patrons non scrupuleux ont les coudées franches pour présenter les choses à leurs stricts intérêts.

Ça s’est passé à Dreux, il y a presque 10 ans. Les histoires comme celles-ci ne sont pas l’apanage d’un quartier plutôt qu’un autre, ça arrive aux gens qui n’ont pas à leur disposition le service d’un avocat et d’un comptable qui gèrent leurs affaires et qui ne pensent avoir d’autre choix que d’accepter la précarité liée à leur situation. Ils ne savent pas que le contrat oral est une disposition légale concernant un CDI. Par contre les employeurs eux le savent car ils ont des avocats et des comptables qui les informent. Certains patrons le savent et l’utilisent tant qu’ils peuvent. Cette disposition du contrat oral n’est pas le fruit des ordonnances Macron, elle existait auparavant. Ce qui a cependant changé c’est que les salariés semblent se résigner de plus en plus à subir ce genre de situations seuls. La loi travail et les ordonnances Macron ont tellement attaqué les protections des salariés qu’ils ont renforcé l’isolement et la résignation de certains salariés jusqu’à ce qu’ils ne pensent même plus à contacter un syndicat, à vouloir faire valoir leurs droits.

 

 

Car un contrat même "oral" suppose l'accès au CDI, une apiration légitime à une stabilité dans la vie professionnelle. Cela supposait la notification d'une "fin de contrat", la mise en place d'un congé maternité et bien sûr d'indemnités chômage. Or tel n'a pas été le cas. Cette jeune femme ignorait ses droits ou plutôt pensait ne rien pouvoir faire valoir. 

Le capitalisme triomphant a réussi à isoler et marginaliser les salariés, à trianguler les traditions et les usages des salariés jusqu'à ce que tout le monde adopte le plus parfait défaitisme dans ces discours répétés à l’envi par les politiques et repris par un ensemble de médias «Que voulez vous c’est comme ça» ou bien de pointer avec l’aide encore des medias la fraude dite sociale plutôt que la fraude fiscale. Place au mérite donc d’un côté les 1%, qui mériteraient leur argent fruit de leurs compétences «obligés de défendre leur magot» avec des avocats et des comptables et de l’autre une masse de salariés marqués par la précarité et la nécessité de vivre dorénavant au jour le jour. 

La rage me taraude, quand je pense aux ordonnances Macron sur le travail, qui ne font qu'enteriner des pratiques dont certaines existaient déjà en réduisant à quelques miettes les réparations ou indemnités dues aux salariés qui ont la patience de se lancer dans des procédures de longue haleine. Nous ne pouvons plus occulter l'injustice sociale, aujourd'hui sans nous dire que par notre ignorance ou notre passivité, nous les encourageons.

Cette jeune femme que nous connaissons tous sans le savoir c'est nous tous. 

 

José Delgado

 

Le CDI est le contrat de travail le plus général. Il n'est pas forcément écrit, la loi autorisant un accord verbal. Mais des précautions sont tout de même nécessaire. Mode d'emploi.

Le CDI n'est pas forcément écrit (sauf si un accord collectif, comme la convention collective par exemple, l'impose), la loi autorisant un accord verbal. Il est toutefois plus prudent de le matérialiser et d'être le plus précis possible pour éviter tout litige en cas de désaccord. 

Attention : les autres contrats de travail comme le CDI à temps partiel ou le CDD doivent obligatoirement être écrits. A défaut, ils risquent d'être requalifiés en CDI à temps plein. 

Par Daniel Rovira,

 

Dreux cette ville que nous ne connaissons pas tous


07/08/2019
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Une école privée hors contrat à Dreux (épisode 3) Agnès Cueille

Le 25 juin 2019 nous apprenions que Gérard Hamel maire de Dreux "mettrait toute son énergie" pour permettre l'implantation d'une école privée hors contrat de la fondation "espérance banlieues" dans la ville. 

 

Outre le déni de démocratie que représente le fait que le maire s'exprime en faveur d'un projet devant un cénacle de notables triés sur le volet sans avoir porté cette idée devant le Conseil municipal, le choix de la fondation "espérance banlieues" pour la ville de Dreux revêt un caractère symbolique qui ne saurait échapper à ceux qui connaissent l'histoire de la ville. A l'orée des élections municipales cette initiative de réunion organisée de façon quasi confidentielle révèle les présupposés qui ont été ceux de Gérard Hamel sur l'éducation durant toutes ses années de mandat et éclaire ses choix municipaux mieux que toute déclaration publique.

 

Crédit photo L'écho républicain article du 13/01/17

 

Lors de la dite réunion, le thème du financement avait été largement évoqué par les participants. On ne peut pas en dire de même des aspects pédagogiques qui auraient dû être mis en avant s'agissant de créer une école. C'est sans doute parce que le caractère profondément idéologique des écoles "espérance banlieues" surpasse de beaucoup les aspects pédagogiques qui représentent de toute évidence le parent pauvre de cette entreprise.

En tant qu'école hors contrat, les écoles n'ont pas de compte à rendre en termes de programmes et de pédagogie au Minsitère de l'éducation nationale. C'est pourquoi lors de son intervention, Eric Mestrallet le directeur de la fondation "espérance banlieues" ne s'est pas apesanti sur les méthodes pédagogiques... Il a évoqué deux méthodes l'une en lecture "on apprend les voyelles, puis toutes les syllabes les unes après les autres", l'autre en mathématiques "on s'appuie sur le concret, un cahier plus un cahier égal deux cahiers". Rappelons que ces écoles sont censées accueillir des élèves du CP à la classe de 3ème du collège. Le programme de surplus est allégé de l'apprentissage des langues vivantes en élémentaire... Il est certain qu'avec un tel programme, les enseignants seront dégagés de toute réflexion pédagogique ou didactique. C'est d'ailleurs sans doute la raison pour laquelle Eric Mestrallet insiste sur le fait que les enseignants de ces écoles bénéficient "d'un mois de formation". Un mois et seulement un mois de formation, voilà qui tend à permettre de réduire les coûts mais ne garantit pas une formation suffisante pour enseigner à des enfants. De fait, ni les dispositifs, ni les élèves dans ces écoles ne sont évalués, de quoi ne pas se soucier de l'efficacité de ce qui est mis en place. 

Toute la politique éducative des écoles "espérances banlieues" repose que sur l'idée qu'il faut inculquer le patrimoine français à ces "gens-là" (entendez les enfants et les parents des quartiers populaires). La méthode préconisée est simple pour ne pas dire simpliste... Chaque matin lever des drapeaux français et européen et chant de la Marseillaise. Voici la quintessence du vademecum sur lequel les écoles "espérance banlieues" font reposer leur ambition. Au 21ème siècle, cette pensée qui fait table rase des connaissances dans tous les domaines liés à l'éducation est une caricature. C'est un affront aux habitants des quartiers populaires, c'est un affront aux enseignants qui travaillent dans cette ville, c'est un affront aux Drouais qui seraient à nouveau sommés de se positionner face à une entreprise destinée à cliver, à diviser, à désagréger au sein de la commune et également de la république. 

En s'engageant dans cette voie, Gérard Hamel s'éloigne du cadre de la république (contrairement à ce que "espérance banlieues" veut faire croire en utilisant les symboles de la république) en cherchant à nouveau à montrer du doigt et à désigner les quartiers populaires comme le problème pour empêcher les gens de saisir où les vrais problèmes se posent c'est-à-dire dans la gestion toujours plus libérale de la ville de Dreux. Cette gestion libérale, dans le cas de l'implantation de cette école privée hors contrat, favoriserait les plus aisés de la commune par la défiscalisation en jetant en même temps soupçon, défiance et crainte sur les habitants des quartiers populaires. 

C'est surtout car le discours qui constitue le fonds de commerce de la fondation "espérance banlieues" n'est là que pour dissimuler une visée de privatisation de l'école. Privatiser l'école et permettre que des "boîtes" privées s'accaparent l'argent qui doit revenir au budget de l'école publique. Dreux fait partie des villes où les crédits municipaux de fonctionnement sont patmi les plus bas de la région et pourtant ce fût dès 1982 une Zone d'Education Prioritaire. Malgré la mesure des dédoublements des CP et CE1 en REP+ la ZEP (discrimination positive en faveur des zones d'éducation prioritaires) ne cessent d'être remise en cause. Si la commune entre dans la privatisation de l'école, il y a tout à craindre que les motifs de baisser ces subventions soient envisagées. Or Dreux doit miser sur l'éducation de sa jeunesse mais pas en permettant à des "boîtes" privées hors contrat qui n'ont aucun compte à rendre sur leur programme et leur pédagogie (et qui d'ailleurs n'en rendent aucun qui soient vérifiables) de grèver le budget alloué à l'école publique qui n'est déjà pas suffisant.

Il nous reste à aborder les soutiens sur lesquels la fondation "espérance banlieues" dit pouvoir compter. Eric Mestrallet évoque bien sûr le soutien du maire de Montfermeil qui a été le premier édile à promouvoir une école de ce type dans sa commune, soutien chargé d'une signification apparaissant comme intégriste et rétrograde aux yeux de nombreux observateurs.

 

https://www.questionsdeclasses.org/Montfermeil-la-face-cachee-d-Esperance-banlieues-entretien

 

Eric Mestrallet évoque également le soutien qu'il nomme de Xavier Bertrand président du conseil régional de la région des Hauts de France. Ensuite il parle des Préfets qui, dit toujours Eric Mestrallet, avouent avoir besoin de l'aide de la fondation "espérance banlieues" pour "reprendre la main sur la société française". Rien que ça. Comme il ne cite aucun Préfet, il est plus sage de ne pas prendre cette assertion pour argent comptant mais ce serait vraiment un motif d'inquiétude si c'était le cas.    

Ensuite Eric Mestrallet cite pêle mêle des "acteurs de la société civile", l'un travaillant au journal Le Monde, l'autre au Collège de France... de toute évidence il semble avoir ses entrées dans des hauts lieux de la société française. Mais il en appelle aussi au soutien du président (entendez le président de la république Emmanuel Macron) qui, dit-il, veut développer les écoles hors contrat. En revanche, pas un mot sur le soutien de l'actuel ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer qui avait exprimé son soutien en 2016 dans une vidéo relayée sur le site "espérance banlieues".

 

https://www.esperancebanlieues.org/jean-michel-blanquer-ne-faut-opposer-public-prive/

 

Et plus récemment en 2018 lors d'un colloque à la Sorbonne...

 

https://www.esperancebanlieues.org/m-blanquer-et-m-mestrallet-a-la-sorbonne/

 

Dans le contexte actuel de réforme de l'éducation nationale le soutien de Jean-Michel Blanquer n'apparaît pas comme négligeable et il est impossible de ne pas se demander si les visées du ministère ne seraient pas finalement de favoriser la privatisation de l'école. 

Eric Mestrallet de plus en plus invité sur les plateaux de télévision ne sert pas le même discours que lors de la réunion à Dreux entre investisseurs potentiels où ses arguments témoignent d'un mépris consumé pour les quartiers populaires. Sur la chaine parlementaire par exemple il participe à un débat et exalte des principes qui étaient nettement absents ou contredits à la réunion du 25 juin à Dreux (cf. épisode 1 sur ce blog).

 

https://www.publicsenat.fr/emission/on-va-plus-loin/plan-borloo-la-derniere-chance-pour-les-banlieues-84108

 

Car enfin derrière sa façade idéologique de "bienfaiteur des quartiers populaires", Eric Mestrallet est à la recherche de fonds c'est-à-dire de financements sonnants et trébuchants. Même s'il recherche le mécénat moyennenant défiscalisation, il avoue qu'il n'y arrivera pas sans un financement public. D'un côté il fait miroiter le fait que la fondation Bettencourt va permettre à sa fondation de changer d'échelle de l'autre il parle de subventions qui lui sont versées par des régions ou le Fonds européen. C'est de cela dont il est en réalité question uniquement de financements. Si la fondation "espérance banlieues" a bénéficié du statut d'organisme d'utilité publique grâce à la fondation pour l'école dont elle est une filiale, son besoin de plus en plus croissant d'argent public crée la discorde avec la fondation dont elle est une filiale. La venue du directeur Eric Mestrallet à Dreux suit cette logique de recherche de fonds publics. 

 

Pour conclure, les écoles hors contrat ne sont pas la solution c'est la porte ouverte à la privation et finalement à une übérisation de l'école sans contrôle possible sur ce qui se passe au sein de ces écoles. Dans toutes le villes l'action des écoles "espérances banlieues" est controversée et dénoncée, la situation allant même jusqu'à des procès à leur encontre. Pour en savoir plus je vous invite à lire les articles suivants...

 

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/reims-l-avenir-s-assombrit-pour-l-ecole-esperance-banlieues-1554198106

 

https://www.francebleu.fr/infos/education/ecole-esperance-banlieue-hors-contrat-au-mans-les-enseignants-s-interrogent-sur-le-financement-1559748458

 

https://www.la-croix.com/France/Polemique-ecoles-Esperance-banlieues-2017-12-11-1200898682

 

https://blogs.mediapart.fr/paul-devin/blog/020417/esperance-banlieues-ecoles-de-l-endoctrinement

 

 

 

 

 


14/07/2019
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Une école privée hors contrat à Dreux (épisode 2) Agnès Cueille

Pour ceux qui n'auraient pas encore lu l'épisode 1 en ligne sur ce blog, Gérard Hamel maire de Dreux a organisé une réunion à l'Odyssée à laquelle il a invité des investisseurs mécènes pour son projet de création d'une école privée hors contrat de la fondation "espérance banlieues". 

Nous allons revenir sur la prestation du directeur de la fondation "espérance banlieues" qui en est également le fondateur, Eric Mestrallet. Dans sa biographie officielle en ligne sur le site de la fondation, on apprend que Eric Mestrallet a commencé sa carrière comme attaché parlementaire d'un sénateur dont le nom n'est pudiquement pas mentionné, il s'agit en fait du sénateur Bernard Sellier vice président du MFP (Mouvement pour la France) de Philippe de Villiers, pour lequel il a également participé à la campagne présidentielle en 1995. Sur la formation de Eric Mestrallet, l'essentiel de son engagement résulte d'une rencontre spirituelle avec son mentor Jean Ousset, intellectuel militant de sensibilité maurrassienne catholique français. Pour rappel Charles Maurras était un journaliste théoricien du nationalisme intégral et principal animateur de l'Action Française, journal qui a collaboré avec les occupants nazis durant la seconde guerre mondiale. Eric Mestrallet a donc une filiation résolument ancrée dans les milieux catholiques intégristes pour le moins.

 

La biographie de Eric Mestrallet sur le site "espérance banlieues"

 

Eric Mestrallet est venu à Dreux pour lever des fonds pour sa fondation et ce qu'il a à vendre c'est une école privée hors contrat en direction des familles des quartiers populaires. Ce qui était saisissant dans le discours de ce démarcheur négociant en prestations éducatives c'est que les éléments de langage qu'il véhiculait contredisaient les ambitions éducatives qu'il affichait. 

Ainsi, eu égard à un dispositif qui est sensé apporter une mission éducative auprès des enfants et des familles des quartiers populaires, ceux-ci se voient désigner dans la bouche du directeur de la fondation par ces mots... "ces gens-là" (désignation maintes fois répétée désignant les familles des quartiers populaires), "pour que ces gens-là basculent du côté de la France", "il ne faudrait pas recruter que des Marocains...", "certains Français de souche font également le choix de nos écoles pour leur qualité mais peu...", "ceux qui sont très musulmans imposent aux autres...", "on les sort de leur immeuble", "il y en a (des enfants des quartiers populaires) qui sont malins comme des singes et qui s'en sortent..."

Voici un beau florilège de paroles qui manquent du respect et de la bienveillance qui sied à celui qui a vocation éducative. Personnellement, en tant qu'enseignante spécialisée dans un quartier populaire de Dreux, j'ai dû tout au long de l'exposé de Eric Mestrallet me retenir de ne pas protester bruyamment à juste titre face à tant de condescendance et de mépris teintés de nostalgie colonialiste.

 

Ainsi chaque classe "espérance banlieues" (du CP en élémentaire à la 3ème du collège) comprenant au maximum 15 élèves (taille organique) coûterait 70 000€ par an dont 10% à 15% serait à la charge des familles. 70 000€ / 15 = 4666€ ; ce qui représente environ 70€ / mois / élève de la classe. Ce chiffre ne représente que les frais de scolarisation auxquels s'ajoutent le repas sorti du sac et les fournitures scolaires. Ces coûts semblent très peu élevés au regard des chiffres fournis par le MEN en 2016 sur la scolarisation en élémentaire ou au collège, en revanche 70€par mois, soit 700€ par an est une grosse somme pour une famille de nos jours. Soit la fondation "espérance banlieues" tire les coûts au maximum, soit les coûts sont ici sous-évalués... Selon Eric Mestrallet ce qui n'a pas de prix n'a pas de valeur, mais investir dans une éducation de qualité ne semble pas non plus l'intéresser. Une éducation au rabais c'est ce qu'il souhaite pour les enfants des quartiers populaires. 

 

http://www.inegalites.fr/Ecole-combien-coutent-les-eleves-2492?id_theme=17

 

Revenons quelques instants sur le nombre d'élèves par classe prônée par "espérance banlieues". Durant des années Gérard Hamel maire de Dreux n'a eu de cesse tout au long de ses mandats de fermer des écoles en accord avec l'administration de l'éducation nationale et les pouvoirs publics et ceci pour réaliser des économies en regroupant les classes dans des établissements toujours plus imposants. La liste est longue école Anne Frank, école Clos Maillard, école Célestin Freinet, école de la Croix Tiénac, collège Paul Fort, école Condorcet. Aujourd'hui le dédoublement des classes de CP et CE1 en REP à Dreux oblige les écoles à choisir entre salle informatique et bibliothèque centre documentaire quand le manque de place n'oblige pas les écoles à fermer tous les autres lieux alternatifs des écoles à part les salles de classe... Tout à coup pour créer une école privée hors contrat de cette nature, Gérard Hamel fait fi de vingt cinq ans de politique scolaire à Dreux.

 

Voici une première esquisse de ce que représentent les écoles "espérance banlieues". Des écoles sous-tendues par une idéologie d'un autre siècle. C'est d'ailleurs ce que Eric Mestrallet a appelé de ses voeux "une école de la 3ème république" où il s'agit pour lui de "remettre l'église au milieu du village", entendez par là dans ce contexte "les racines judéochrétienne de la France". Si Eric Mestrallet peut se le permettre, le maire de Dreux ne le peut pas. Il est le maire de tous les Drouais. Si la 3ème république a permis les principes de l'école laïque, gratuite et obligatoire, et c'est le Conseil National de la Résistance qui a voulu une école de la réussite pour tous. Notre bien commun le plus précieux est l'école républicaine pour tous.

 

Nous aurons l'occasion de compléter ce tableau dans l'épisode 3 de ce texte qui est en préparation et sortira bientôt sur ce blog.

  

 

 

 

 


30/06/2019
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