Dreux un Avenir en Commun

Dreux un Avenir en Commun

Une école privée hors contrat à Dreux (épisode 3) Agnès Cueille

Le 25 juin 2019 nous apprenions que Gérard Hamel maire de Dreux "mettrait toute son énergie" pour permettre l'implantation d'une école privée hors contrat de la fondation "espérance banlieues" dans la ville. 

 

Outre le déni de démocratie que représente le fait que le maire s'exprime en faveur d'un projet devant un cénacle de notables triés sur le volet sans avoir porté cette idée devant le Conseil municipal, le choix de la fondation "espérance banlieues" pour la ville de Dreux revêt un caractère symbolique qui ne saurait échapper à ceux qui connaissent l'histoire de la ville. A l'orée des élections municipales cette initiative de réunion organisée de façon quasi confidentielle révèle les présupposés qui ont été ceux de Gérard Hamel sur l'éducation durant toutes ses années de mandat et éclaire ses choix municipaux mieux que toute déclaration publique.

 

Crédit photo L'écho républicain article du 13/01/17

 

Lors de la dite réunion, le thème du financement avait été largement évoqué par les participants. On ne peut pas en dire de même des aspects pédagogiques qui auraient dû être mis en avant s'agissant de créer une école. C'est sans doute parce que le caractère profondément idéologique des écoles "espérance banlieues" surpasse de beaucoup les aspects pédagogiques qui représentent de toute évidence le parent pauvre de cette entreprise.

En tant qu'école hors contrat, les écoles n'ont pas de compte à rendre en termes de programmes et de pédagogie au Minsitère de l'éducation nationale. C'est pourquoi lors de son intervention, Eric Mestrallet le directeur de la fondation "espérance banlieues" ne s'est pas apesanti sur les méthodes pédagogiques... Il a évoqué deux méthodes l'une en lecture "on apprend les voyelles, puis toutes les syllabes les unes après les autres", l'autre en mathématiques "on s'appuie sur le concret, un cahier plus un cahier égal deux cahiers". Rappelons que ces écoles sont censées accueillir des élèves du CP à la classe de 3ème du collège. Le programme de surplus est allégé de l'apprentissage des langues vivantes en élémentaire... Il est certain qu'avec un tel programme, les enseignants seront dégagés de toute réflexion pédagogique ou didactique. C'est d'ailleurs sans doute la raison pour laquelle Eric Mestrallet insiste sur le fait que les enseignants de ces écoles bénéficient "d'un mois de formation". Un mois et seulement un mois de formation, voilà qui tend à permettre de réduire les coûts mais ne garantit pas une formation suffisante pour enseigner à des enfants. De fait, ni les dispositifs, ni les élèves dans ces écoles ne sont évalués, de quoi ne pas se soucier de l'efficacité de ce qui est mis en place. 

Toute la politique éducative des écoles "espérances banlieues" repose que sur l'idée qu'il faut inculquer le patrimoine français à ces "gens-là" (entendez les enfants et les parents des quartiers populaires). La méthode préconisée est simple pour ne pas dire simpliste... Chaque matin lever des drapeaux français et européen et chant de la Marseillaise. Voici la quintessence du vademecum sur lequel les écoles "espérance banlieues" font reposer leur ambition. Au 21ème siècle, cette pensée qui fait table rase des connaissances dans tous les domaines liés à l'éducation est une caricature. C'est un affront aux habitants des quartiers populaires, c'est un affront aux enseignants qui travaillent dans cette ville, c'est un affront aux Drouais qui seraient à nouveau sommés de se positionner face à une entreprise destinée à cliver, à diviser, à désagréger au sein de la commune et également de la république. 

En s'engageant dans cette voie, Gérard Hamel s'éloigne du cadre de la république (contrairement à ce que "espérance banlieues" veut faire croire en utilisant les symboles de la république) en cherchant à nouveau à montrer du doigt et à désigner les quartiers populaires comme le problème pour empêcher les gens de saisir où les vrais problèmes se posent c'est-à-dire dans la gestion toujours plus libérale de la ville de Dreux. Cette gestion libérale, dans le cas de l'implantation de cette école privée hors contrat, favoriserait les plus aisés de la commune par la défiscalisation en jetant en même temps soupçon, défiance et crainte sur les habitants des quartiers populaires. 

C'est surtout car le discours qui constitue le fonds de commerce de la fondation "espérance banlieues" n'est là que pour dissimuler une visée de privatisation de l'école. Privatiser l'école et permettre que des "boîtes" privées s'accaparent l'argent qui doit revenir au budget de l'école publique. Dreux fait partie des villes où les crédits municipaux de fonctionnement sont patmi les plus bas de la région et pourtant ce fût dès 1982 une Zone d'Education Prioritaire. Malgré la mesure des dédoublements des CP et CE1 en REP+ la ZEP (discrimination positive en faveur des zones d'éducation prioritaires) ne cessent d'être remise en cause. Si la commune entre dans la privatisation de l'école, il y a tout à craindre que les motifs de baisser ces subventions soient envisagées. Or Dreux doit miser sur l'éducation de sa jeunesse mais pas en permettant à des "boîtes" privées hors contrat qui n'ont aucun compte à rendre sur leur programme et leur pédagogie (et qui d'ailleurs n'en rendent aucun qui soient vérifiables) de grèver le budget alloué à l'école publique qui n'est déjà pas suffisant.

Il nous reste à aborder les soutiens sur lesquels la fondation "espérance banlieues" dit pouvoir compter. Eric Mestrallet évoque bien sûr le soutien du maire de Montfermeil qui a été le premier édile à promouvoir une école de ce type dans sa commune, soutien chargé d'une signification apparaissant comme intégriste et rétrograde aux yeux de nombreux observateurs.

 

https://www.questionsdeclasses.org/Montfermeil-la-face-cachee-d-Esperance-banlieues-entretien

 

Eric Mestrallet évoque également le soutien qu'il nomme de Xavier Bertrand président du conseil régional de la région des Hauts de France. Ensuite il parle des Préfets qui, dit toujours Eric Mestrallet, avouent avoir besoin de l'aide de la fondation "espérance banlieues" pour "reprendre la main sur la société française". Rien que ça. Comme il ne cite aucun Préfet, il est plus sage de ne pas prendre cette assertion pour argent comptant mais ce serait vraiment un motif d'inquiétude si c'était le cas.    

Ensuite Eric Mestrallet cite pêle mêle des "acteurs de la société civile", l'un travaillant au journal Le Monde, l'autre au Collège de France... de toute évidence il semble avoir ses entrées dans des hauts lieux de la société française. Mais il en appelle aussi au soutien du président (entendez le président de la république Emmanuel Macron) qui, dit-il, veut développer les écoles hors contrat. En revanche, pas un mot sur le soutien de l'actuel ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer qui avait exprimé son soutien en 2016 dans une vidéo relayée sur le site "espérance banlieues".

 

https://www.esperancebanlieues.org/jean-michel-blanquer-ne-faut-opposer-public-prive/

 

Et plus récemment en 2018 lors d'un colloque à la Sorbonne...

 

https://www.esperancebanlieues.org/m-blanquer-et-m-mestrallet-a-la-sorbonne/

 

Dans le contexte actuel de réforme de l'éducation nationale le soutien de Jean-Michel Blanquer n'apparaît pas comme négligeable et il est impossible de ne pas se demander si les visées du ministère ne seraient pas finalement de favoriser la privatisation de l'école. 

Eric Mestrallet de plus en plus invité sur les plateaux de télévision ne sert pas le même discours que lors de la réunion à Dreux entre investisseurs potentiels où ses arguments témoignent d'un mépris consumé pour les quartiers populaires. Sur la chaine parlementaire par exemple il participe à un débat et exalte des principes qui étaient nettement absents ou contredits à la réunion du 25 juin à Dreux (cf. épisode 1 sur ce blog).

 

https://www.publicsenat.fr/emission/on-va-plus-loin/plan-borloo-la-derniere-chance-pour-les-banlieues-84108

 

Car enfin derrière sa façade idéologique de "bienfaiteur des quartiers populaires", Eric Mestrallet est à la recherche de fonds c'est-à-dire de financements sonnants et trébuchants. Même s'il recherche le mécénat moyennenant défiscalisation, il avoue qu'il n'y arrivera pas sans un financement public. D'un côté il fait miroiter le fait que la fondation Bettencourt va permettre à sa fondation de changer d'échelle de l'autre il parle de subventions qui lui sont versées par des régions ou le Fonds européen. C'est de cela dont il est en réalité question uniquement de financements. Si la fondation "espérance banlieues" a bénéficié du statut d'organisme d'utilité publique grâce à la fondation pour l'école dont elle est une filiale, son besoin de plus en plus croissant d'argent public crée la discorde avec la fondation dont elle est une filiale. La venue du directeur Eric Mestrallet à Dreux suit cette logique de recherche de fonds publics. 

 

Pour conclure, les écoles hors contrat ne sont pas la solution c'est la porte ouverte à la privation et finalement à une übérisation de l'école sans contrôle possible sur ce qui se passe au sein de ces écoles. Dans toutes le villes l'action des écoles "espérances banlieues" est controversée et dénoncée, la situation allant même jusqu'à des procès à leur encontre. Pour en savoir plus je vous invite à lire les articles suivants...

 

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/reims-l-avenir-s-assombrit-pour-l-ecole-esperance-banlieues-1554198106

 

https://www.francebleu.fr/infos/education/ecole-esperance-banlieue-hors-contrat-au-mans-les-enseignants-s-interrogent-sur-le-financement-1559748458

 

https://www.la-croix.com/France/Polemique-ecoles-Esperance-banlieues-2017-12-11-1200898682

 

https://blogs.mediapart.fr/paul-devin/blog/020417/esperance-banlieues-ecoles-de-l-endoctrinement

 

 

 

 

 



14/07/2019
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