Dreux un Avenir en Commun

Dreux un Avenir en Commun

Dreux cette ville que nous ne connaissons pas tous

Monde du travail : une injustice devenue banale (1)

Un témoignage Drouais, qui en appelle d'autres

J’ai recueilli un témoignage que je veux mettre en lumière car il représente ce qui aujourd’hui constitue la vie de beaucoup de nos concitoyens. Ce genre d’histoires d’habitude sont tues, racontées juste à des proches qui partagent le même quotidien. Je la raporterai donc en préservant l'anonymat de celle qui m'a confié ce témoignage. 

C’est donc une histoire vraie qui est arrivée à une jeune femme. Enceinte, cette jeune femme recherche du travail. Elle perçoit des aides sociales qui ne lui permettent pas de vivre une vie d’adulte autonome. Le fait d’être enceinte pour elle signifie pouvoir assumer y compris financièrement cet  enfant à naître. Dans le contexte actuel, elle ne se montre pas difficile quand un employeur lui propose un travail à temps partiel d’une pénibilité certaine et mal rémunéré. Elle se rend compte que son embauche ne semble avoir rien de conventionnel, un travail non officiel en somme qu’on pourrait qualifier de travail « au noir » ne donnant pas lieu à l'ensemble des droits comme l'assurance chômage ou la retraite.

Dans ces conditions, il lui semble impossible de se mettre en conformité en signalant une situation qui n’avait rien d’officiel mais aussi impossible de se passer de ce complément de revenu. Elle pense ne pas avoir le choix et commence à travailler en pensant à ses responsabilités de future maman et à améliorer sa situation pour accueillir le mieux possible son futur enfant.  

La jeune femme travaille pour un temps pour cet employeur.

Et la vie continue donc son cours avec son lot de difficultés et de joies aussi. La vie est faite de grands moments qui font oublier le reste, comme la naissance d’un bébé, ses premières nuits, ses premiers pas sur la terre, enfin une vie quoi.

Quand un jour, elle reçoit une lettre de la CAF. Cette lettre explique qu’ayant à une certaine époque travaillé chez ..... en CDI, elle était redevable d’une somme représentant un trop perçu... dont les fiches de paie envoyées par l’employeur attestait la bonne foi.

Dans l’incompréhension la plus totale, elle déclare dans un entretien téléphonique, qu’elle n’a jamais obtenu de fiches de paie de son employeur, en soulignant qu’elle occupait de surcroît un mi-temps. Son ancien patron de son côté déclare qu’ayant eu des problèmes avec les organismes sociaux, il a dû se prémunir et faire appel à son avocat et à son comptable pour régler ses problèmes, et il explique à la jeune femme qu’il était couvert par la loi et que donc il ne pouvait rien lui arriver...

- Mais quel contrat ? proteste la jeune femme pensant qu’elle prouverait sa bonne foi, je n’ai jamais signé de contrat!

- Mais le contrat oral, ça existe ! Tu peux rien, je te dis, lui rétorque son ancien patron.

Incrédule mais écrasée par la fatalité qui semblait revêtir la forme d’arcanes juridiques impénétrables, la jeune femme n’eut plus qu’à se résoudre à rembourser «Son trop perçu», qui pourtant lui avait permis de passer sans encombre la période de sa grossesse.

On peut me répondre qu’il y a fraude aux aides sociales et renvoyer la jeune femme à ses droits et ses devoirs. Ce qui est la règle est la règle pour tout le monde mais je dois aussi témoigner du fait que cette année, j’ai pu rencontrer des gens qui se voient forcés de s’adapter à l’offre de travail et subir des injustices parce qu’ils ignorent leurs droits et parce que dorénavant les patrons non scrupuleux ont les coudées franches pour présenter les choses à leurs stricts intérêts.

Ça s’est passé à Dreux, il y a presque 10 ans. Les histoires comme celles-ci ne sont pas l’apanage d’un quartier plutôt qu’un autre, ça arrive aux gens qui n’ont pas à leur disposition le service d’un avocat et d’un comptable qui gèrent leurs affaires et qui ne pensent avoir d’autre choix que d’accepter la précarité liée à leur situation. Ils ne savent pas que le contrat oral est une disposition légale concernant un CDI. Par contre les employeurs eux le savent car ils ont des avocats et des comptables qui les informent. Certains patrons le savent et l’utilisent tant qu’ils peuvent. Cette disposition du contrat oral n’est pas le fruit des ordonnances Macron, elle existait auparavant. Ce qui a cependant changé c’est que les salariés semblent se résigner de plus en plus à subir ce genre de situations seuls. La loi travail et les ordonnances Macron ont tellement attaqué les protections des salariés qu’ils ont renforcé l’isolement et la résignation de certains salariés jusqu’à ce qu’ils ne pensent même plus à contacter un syndicat, à vouloir faire valoir leurs droits.

 

 

Car un contrat même "oral" suppose l'accès au CDI, une apiration légitime à une stabilité dans la vie professionnelle. Cela supposait la notification d'une "fin de contrat", la mise en place d'un congé maternité et bien sûr d'indemnités chômage. Or tel n'a pas été le cas. Cette jeune femme ignorait ses droits ou plutôt pensait ne rien pouvoir faire valoir. 

Le capitalisme triomphant a réussi à isoler et marginaliser les salariés, à trianguler les traditions et les usages des salariés jusqu'à ce que tout le monde adopte le plus parfait défaitisme dans ces discours répétés à l’envi par les politiques et repris par un ensemble de médias «Que voulez vous c’est comme ça» ou bien de pointer avec l’aide encore des medias la fraude dite sociale plutôt que la fraude fiscale. Place au mérite donc d’un côté les 1%, qui mériteraient leur argent fruit de leurs compétences «obligés de défendre leur magot» avec des avocats et des comptables et de l’autre une masse de salariés marqués par la précarité et la nécessité de vivre dorénavant au jour le jour. 

La rage me taraude, quand je pense aux ordonnances Macron sur le travail, qui ne font qu'enteriner des pratiques dont certaines existaient déjà en réduisant à quelques miettes les réparations ou indemnités dues aux salariés qui ont la patience de se lancer dans des procédures de longue haleine. Nous ne pouvons plus occulter l'injustice sociale, aujourd'hui sans nous dire que par notre ignorance ou notre passivité, nous les encourageons.

Cette jeune femme que nous connaissons tous sans le savoir c'est nous tous. 

 

José Delgado

 

Le CDI est le contrat de travail le plus général. Il n'est pas forcément écrit, la loi autorisant un accord verbal. Mais des précautions sont tout de même nécessaire. Mode d'emploi.

Le CDI n'est pas forcément écrit (sauf si un accord collectif, comme la convention collective par exemple, l'impose), la loi autorisant un accord verbal. Il est toutefois plus prudent de le matérialiser et d'être le plus précis possible pour éviter tout litige en cas de désaccord. 

Attention : les autres contrats de travail comme le CDI à temps partiel ou le CDD doivent obligatoirement être écrits. A défaut, ils risquent d'être requalifiés en CDI à temps plein. 

Par Daniel Rovira,

 

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07/08/2019
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